Récit de voyage La Traversée de Charlevoix 18 au 24 juillet 2010 Intro Pourquoi la Traversée de Charlevoix ? Et bien l’élément déclencheur, mis-à-part mon intérêt pour le plein-air et mon amour de la nature fût la nouvelle aventure des producteurs de Destination Nor’ouest annoncée cet hiver : La Ruée vers l’Or. Mon admiration envers les voyageurs m’a amenée à être l’une des 1200 personnes inscrites. Bien que faisant partie des 30 finalistes c’est 10 autres candidats qui seront choisis. Meilleure chance pour moi la prochaine fois. Donc cet été, à défaut de partir 100 jours au Yukon je partirai 7 jours dans l’arrière pays de Charlevoix ! Bon, rien à voir avec la périlleuse aventure de la Ruée mais ce sera mon aventure à moi et un clin d’œil à la sincérité de mon intérêt pour la Ruée vers l’Or. De toute façon, Charlevoix est une vrai « mine d’or » pour la beauté de ses paysages ! Ainsi, depuis des semaines c’est minutieusement que moi et mon copain Pierre préparons notre expédition. Ouf ! Plusieurs heures à préparer le tout. Et avec raison car la clé pour une belle aventure c’est d’être bien préparé. Bien entraîné aussi. Attention Charlevoix on arrive ! Nous somme prêts pour ce raid de 105 km dans les montagnes Charlevoisiennes ! Jour 1 Environ 4 km (1h15 de marche) Départ tôt de St-Basile-le-Grand direction St-Urbain. Nous rejoignons Monsieur Eudore Fortin (Père fondateur de la Traversée) pour régler paperasse et le partage d’info sur le parcours des sept jours à venir. Très sympathique ce Eudore. Il nous laisse sur le bord du premier sentier et nous klaxonne deux bons coups comme pour sonner le coup d’envoie de notre aventure. La route est courte aujourd’hui. Juste ce qu’il faut pour apprivoiser notre sac à dos et réaliser que le portage des prochains jours ne sera pas de tout repos. Pour dédramatiser le tout j’apprends à Pierre une petite chanson à répondre. Je porte un 35 lbs sur le dos et Pierre un bon 45 lbs. Pourtant nous n’avons que le nécessaire. Sauf aujourd’hui. On se paye le luxe de transporter du vin et du fromage frais. On en profite en cette journée qui ne fait que 4 km de marche. Nous arrivons au premier refuge. Très beau refuge en bois rond avec un balcon à l’étage donnant une magnifique vue sur le lac à l’Écluse. On est vraiment bien ici. Une première journée superbe. Du beau temps bien qu’incertain nous apportera des averses que ce soir. Les refuges ont la capacité d’accueillir 8 personnes mains nous sommes seuls. Y a juste un écureuil qui tente d’entrer chaque fois que nous ouvrons la porte. Pas de chance mon p’tit ! Nous sommes heureux et enthousiasme devant cette semaine devant nous. Jour 2 Environ 17km Départ 9h00 Arrivée 16h00 Levé vers 5h30. Une bonne nuit malgré plusieurs réveils. Avec le feu on n’a pas eu froid du tout, chaud même. Déjeuner de luxe ce matin : œufs & bacon..menoum. Ça nous prend beaucoup d’énergie car la journée qui s’en vient en demandera beaucoup. Plus que je ne le pensais d’ailleurs. Dès le premier km je dois m’arrêter pour rééquilibrer mon sac. Le sentier n’est pas facile. Je tombe deux fois sur le popotin. J’essaie de me retenir mais j’apprends à mes dépends que le centre de gravité ne se gère pas pareil avec 35 lbs sur le dos, hehe. La journée est longue mais nous prenons des petites pauses régulièrement. Chaque fois qu’on arrête j’aimerais donc que mon sac ait des pattes pour avancer tout seul. Ah ! et moi qui a peur des ours comme un enfant à peur des monstres sous son lit je suis servi. Il y a des traces d’ours fraiches dans la bouette et des bouses d’ours tout aussi fraiches sur le sentier. Tout pour me rassurer quoi ! Mais je suis bien équipée. Grelot pour avertir de ma présence et poivre de cayenne ! Même si tout le monde me dit qu’il n’y a pas de danger et que les ours se sauve en remarquant notre présence j’aime mieux ne pas prendre toutes les précautions. Tant qu’a Pierre, il a réveillé un énorme nid de guêpes sous un pont en le traversant. Il à récolté 5 piqûres ! Moi je m’en suis sauvée. Finalement nous arrivons. Les deux derniers km nous ont réservé toute une averse. Alors on se lave, on met du chaud et du sec et on mérite bien tout ce qu’on se met sous la dent. J’ai mal aux…..en fait je vais laisser faire car ce serait moins long de dire où je n’ai pas mal. Espérons que la nuit sera bonne et le sommeil réparateur car demain on repart ! Jour 3 15.5 km Départ 10h00 Arrivée 14h00 Wow ! Une très bonne nuit. Le réveil des muscles se fait lentement mais surement. Une très belle journée s’annonce : Beau soleil et ciel bleu. Debout ! Nous déjeunons (un bon gruau auquel nous ajoutons des fruits séchés). Nous paquetons et partons. Les premiers km sont plutôt faciles sur un ancien chemin forestier. Mon sac est mieux équilibré aujourd’hui (quoique toujours aussi lourd). Les km suivants seront plus ardus. Parfois c’est à ce demander par où passe le sentier. Nous sommes comme deux bouldozeurs qui tentent de se frayer un chemin dans la végétation qui cherche à reprendre sa place. Malgré tout le sentier est bien balisé. Les 4h de marche aujourd’hui sont agréable mais quand même très demandant car les douleurs surgissent de partout. Les bretelles de mon sac me fonds souffrir. Mais qu’à cela ne tienne, j’utilise une paire de bas en guise de pad et cela fait bien l’affaire. Il y a une boucle pour faire la montagne de la Noyée sur le chemin. La vue y est spectaculaire avec une vue de Charlevoix sur 360 degrés. Je voulais la faire mais nous décidons de respecter nos limites et nous nous promettons de revenir faire cette montée lors d’un autre séjour où nous serons plus allège. Il fait chaud aujourd’hui. Mais nous faisons notre « mea culpa » car notre départ fût tardif à 10h00. Nous avons pris ça relaxe ce matin mais nous tiendrons à partir plus tôt les prochains matins pour profiter du temps frais. Nous arrivons ! Yé ! Petite pause et hop ! On va chercher de l’eau que nous filtrons et traitons. Suffisamment pour le souper, le déjeuner, vaisselle, se laver et pour la réserve d’eau pour la randonnée de demain. Nous faisons du feu pour sécher nos choses et on casse la croute : Patate au fromage auquel nous ajoutons de la viande que nous avions séchée avant de partir. On se régal ! Après on « essaye » de se laver les cheveux. Il y a un point sur la carte ou le cellulaire est fonctionnel. J’en profite pour aller donner un coup de fil à mes parents pour les rassurer et leur dire que je n’ai pas été dévorée par un ours (en fait, c’est plutôt moi qui est rassurée). On se fait un bon souper de pâtes parmesan pour faire des réserves d’énergie pour la journée de 20Km qui nous attend demain. Oh que le dodo fera du bien ! Et quelle belle soirée. Le temps s’annonce beau pour demain également. Jour 4 20 km Départ 8h00 Arrivée 15h00 (avec escale au Parc des Hautes-Gorges) Génial ! Il fait un temps splendide aujourd’hui. Comme promis on est debout plus tôt soit à 6h00. Routine du matin et hop à 8h00 on est parti. La route sera longue aujourd’hui mais parsemée de si beaux paysages qui justifient chaque petite douleur. Un magnifique point de vue sur la Vallée des Hautes-Gorges après une longue montée nous couple le souffle. Wow ! Mais je ne reste pas trop longtemps. Une bouse d’ours aussi fraiche que du pain POM est à côté de nous; même les mouches ne l’on pas encore « spotée » alors j’aime mieux quitter vite ! Hehe ! Au ¾ du chemin nous débouchons sur une route aux Parc des Hautes Gorges. Mais avant, on s’est taper une descente parsemée de trous de bouette digne de « Wipe out ». Vraiment pas facile ce bout là, j’en ai même « pogné les nerfs ! ». Au Parc nous prenons le petit bus pour se rendre aux Draveurs (bâtiments de services au pied de l’Acropole des Draveurs). Nous nous promettions un méchant snack et espérions ramener du vin et du chocolat. Mais ce fût pas mal plus modeste comme lunch car ils ne prennent pas Intéract et nous n’avions que quelques dollars « cash » sur nous. Pas grave ! Les sandwichs étaient excellents et la pause bien appréciée. Quand nous arrivons au prochain refuge… WOWOW ! C’est magnifique ! Il surplombe la rivière Malbaie de 25 mètres. Un lieu de rêve…vraiment ! On a mal aux pieds tellement qu’on a de la misère à supporter notre propre poids même sans sac-à-dos. Avec un bac on se paye le luxe d’un bain de pieds. Oh que mes pieds me disent merci et me disent aussi « Qu’est ce que tu nous fais là? T’es malade ?? » Bon peut-être mais la moitié du trajet est quand même déjà faite ! Jour 5 5.5 km Départ 9h00 Arrivée 3h15 Moins beau matin côté température, mais la vue est toujours aussi belle ! Je resterais bien une journée à flâner ici sinon plus. Le chauffeur de bus nous a dit hier que ce serait de la flotte aujourd’hui alors nous préparons notre sac en conséquence. Lever à 6h30. C’est le matin où je me sens le plus « poquée » à date. Le livre « L’autre côté de Charlevoix » que j’utilise un peu comme guide dit ceci pour la journée # 5 : « sentier relativement facile mais en montée constante ». Euh..Non ! La montée constante oui je suis d’accord mais c’est pas ça le problème. C’est un sentier très difficile, parsemé d’embuches, d’obstacles et d’arbres qui bloquent le chemin, de trous de bouette incontournable. J’ai eu vraiment peur que nous soyons perdus un moment donné. On ne voyait plus le sentier parmi tous ces arbres couchés. Ouf ! On fini par voir la balise du km 5 et on est bien soulagés. On dirait vraiment qu’on est les premiers à passer ici cette année. Entre le km 9 et 10 il y a un magnifique point de vue. Une bonne partie du sentier nous longeons rivières, ruisseaux et cascades et c’est très agréable. Je trouve que de suivre un cours d’eau donne un peu de fraicheur et un côté chaleureux à la randonnée en même temps. Finalement on est chanceux; l’imperméable et le couvre-sac que nous avons gardé à porté de mains n’ont pas servi. Arrivé au chalet on est fou de joie car ce fût la journée la plus demandante en énergie pour nous aujourd’hui. Il est 3h15. Routine habituelle : eau, petite toilette, clean-up dans le chalet et aération, feu et souper. Du bon bœuf Stroganoff avec nouilles ce soir, miam ! Repos bien mérité car demain sera l’avant-dernière journée et non la moindre de 20.6km. Zut flûte ! J’ai perdu mon oreiller ! Surement qu’il s’est détaché de mon sac en essayant de me frayer un chemin dans les arbres tombés. Je l’aimais il était léger et prenait peu de place. Il reste deux nuits et plus d’oreiller. Bon, la bonne nouvelle est que je n’aurai pas à le trainer dans le portage des deux dernières journées. Il y a toujours un bon côté à tout ! Je m’improviserai quelque chose avec des vêtements. Jour 6 20.6 km (+ 8 km) Départ 9h00 Arrivée 5h30 Ouin, les p’tites bibittes mangent pas les grosses…. mais elles peuvent les réveiller ! Il y avait une famille de mulots ou de je ne sais quoi qui a fait des siennes et nous a sorti du sommeil une couple de fois. Départ 9h00. Il fait un temps splendide. On est vraiment chanceux côté température depuis le début. On part d’un très bon pas et ça avance super bien. Mais ce qui fini toujours par arriver à tout randonneur arriva : On a manqué une indication ! On s’est bien rendu compte que ça ne marchait plus avec les cartes. Un monsieur en 4-roue qui passait par là (envoyé du ciel pour nous on dirait) nous a indiqué le chemin que nous aurions dû prendre et nous a dit que c’est pas la première fois qu’il rencontre des gens de la Traversée mal pris dans ce coin là. Ouin, je sais pas si c’est une consolation de savoir qu’on est pas les seuls mais Bravo ! Une journée de 20.6 km et on trouve de tour de s’en rajouter 8 supplémentaires. Ce fût difficile pour le corps mais encore plus pour le moral. La journée est très très longue. De plus on emprunte le sentier de vélo sous la recommandation de la Traversée car le sentier pédestre est trop magané dans cette section. Sur le sentier de vélo de montagne il n’y a pas de balise indiquant les km alors on n’a pas trop de repère. Un peu échaudé du matin on a souvent peur d’être perdu car il y a plusieurs chemins différents. Les pieds me fonds souffrir. Enfin, il est 5h30 et on arrive. Bien qu’épuisés il faut s’acquitter des corvées : eau, passer le balai pour enlever les crottes de souris, feu, toilette, préparer le souper. Une chance que demain sera la dernière car le corps demande un break. J’ai les pieds tellement enflés que j’ai peine à mettre de simples gougounes. J’ai peur pour demain de ne pas pouvoir enfiler mes bottes de marche. Ce qui nous sauve c’est dame nature qui est de notre bord, le sommeil réparateur et les encouragements mutuels entre moi et Pierre. On garde une attitude positive malgré les difficultés et nous sommes heureux de relever ce beau défi ensemble. Dodo à 9h00 ce soir. Les bras de Morphée ne se fond pas attendre ! Jour 7 Destination finale Mont Grand-Fond Environ 11 km Départ 8h45 Arrivée 12h00 The last one ! Levé 6h45. Ça semble tôt mais quand on vit au rythme de la nature c’est tout « naturel » ! Dernier petit train-train du matin : Levé, étirements, partir un feu, chauffer de l’eau, préparer le petit déjeuner, faire son sac, nettoyer le refuge et refaire la réserve de bois pour les prochains randonneurs. Ça fait drôle de penser qu’on fait tout ça pour la dernière fois. J’ai bien dormi. Je suis stupéfiée de voir comment le corps récupère. Mes pieds ne sont pas « top shape » mais c’est le paradis comparativement à hier. On dirait qu’un fée à jeter de la poudre de perlimpinpin sur mes pieds pendant la nuit..hehe ! J’aime bien la vie rustique dans le bois. Ça ramène aux vraies valeurs, à l’essentiel et ça m’interpelle. Mais j’ai quand même bien hâte de prendre un bon bain moussant, de faire une halte à une « vraie » toilette, de mettre des vêtements qui sentent bon l’assoupliseur et de boire quelque chose de super froid ! Départ 8h45 aujourd’hui. Une rando assez facile sans trop de montée. À midi qu’est ce qu’on apperçoit au loin? Notre voiture qui nous attend fidèlement. (Les gens de la Traversée offre le service de transférer notre véhicule au point finale). Comme le symbole du devoir accompli se dressent à notre gauche les pentes de ski du Mont Grand-fond; la destination finale. Nous sommes pas mal fières et on se prend en photos avec notre certificat qui nous attendait dans la voiture et qui atteste que nous avons fait la Traversée de Charlevoix dans sa totalité ! De toute façon ce n’était pas une option pour moi d’en faire qu’une fraction. Comme demandé, je donne un coup de fil au bureau de La Traversée pour leur confirmer que nous sommes bien arrivés. Sans quoi ils lancent des recherches. C’est Eudore qui me répond et qui nous félicite. Merci Eudore ! Maintenant, pour nous c’est le temps d’aller relaxer 3 jours à la Malbaie et de profiter de notre séjour dans notre région chouchou sous d’autres angles avant de retourner à nos vies. Conclusion Je voulais un défi…et bien c’en fût tout un ! Je suis vraiment fière d’avoir accompli la Traversée de Charlevoix dans sa totalité. Ce fût plus ardu que je ne l’avais imaginé par contre. J’ai repoussé mes limites physiques et mentales dans cette expédition qui était une première pour moi en autonomie pour une période de 7 jours. Et ce ne sera pas la dernière. Ce fût une belle expérience partagé avec mon copain Pierre. La bonne humeur était au rendez-vous et la motivation également. Mes conseils pour ceux qui désirent vivre la Traversée seraient les suivants : - Voyager le plus léger possible; - Les bâtons de marches ne sont pas une option mais une nécessité ! - Bien préparer votre expédition; - Être conscient que ce ne sera pas facile mais une très très belle expérience à ajouter dans votre carnet de défis relevés ! Finalement, ceux qui refaites la Traversée pour une deuxième fois ou plus vous avez tout mon respect ! Quand à moi, mon prochain défi en sera un autre. Je préfère ne pas savoir ce que la prochaine journée me réserve comme surprise. Bonne Traversée ! PHOTOS: 1: http://www.traverseedecharlevoix.qc.ca/recits/CarolineBabin/HPIM4462.JPG 2. http://www.traverseedecharlevoix.qc.ca/recits/CarolineBabin/HPIM4483.JPG 3. http://www.traverseedecharlevoix.qc.ca/recits/CarolineBabin/HPIM4496.JPG 4. http://www.traverseedecharlevoix.qc.ca/recits/CarolineBabin/HPIM4528.JPG |