Traversée de Charlevoix de Chantal Roux

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La Traversée de Charlevoix… Un défi? Une balade?

Un jour, un groupe de skieurs en provenance de l’Outaouais a pris le départ de la Traversée de Charlevoix. Parmi les membres du groupe, se trouvaient une dame âgée de 79 ans et un petit garçon de 6 ans, accompagné de ses parents. Comme tous semblaient lucides, responsables et en excellente forme physique, je n’ai pas posé trop de questions en dépit de mon étonnement. À leur retour, j’ai appris que la doyenne était Peggy Johannsen-Austin, fille du célèbre Herman Smith-Johannsen, alias Jackrabbit, ambassadeur du ski de fond en Amérique du Nord. Le groupe a effectué la Traversée sans trop de difficulté. Ces skieurs connaissaient leur forme et leurs limites; c’est pourquoi ils avaient opté pour la formule de luxe : chacun ne portait qu’un petit sac pour la journée, bagage et nourriture étant transportés d’un chalet à l’autre par notre équipe.
Quelque temps auparavant, trois jeunes hommes au physique impressionnant, équipés de sacs à dos dépassant les 25 kg, prenaient, eux aussi, le départ de la Traversée de Charlevoix. Cette balade en ski de fond leur paraissait un jeu d’enfant. Pourtant, nos trois gaillards ont abandonné leurs sacs à dos à 10 km du point de départ puis, après de pénibles efforts, ont évacué le sentier par la première issue de secours…
Extrait tiré du chapitre un, La Traversée de Charlevoix, d’Eudore Fortin, président de la Traversée de Charlevoix, L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 9-10

Trois mois d’entraînement intensif dans le bût de faire en 7 jours la Grande Traversée de Charlevoix. Un projet que je voulais entreprendre lorsque j’avais 25 ans mais que j’ai dû remettre pour ‘’X’’ raison mais qu’aujourd’hui rien ni personne ne m’aurait empêcher de réaliser. Beaucoup de préparatifs pour un assez cours voyage dans ma province mais pas sans raison. La Traversée de Charlevoix est une longue randonnée pédestre en région sauvage éloignée. Il vaut mieux considérer la préparation comme le début de l’aventure. De plus, je souhaitais réaliser la Traversée seule et en complète autonomie. Une bonne façon de mettre à l’épreuve mon endurance et ma persévérance, ma débrouillardise face à certaines situations qui peuvent représenter un problème en plus de m’apporter un plus, coté expérience, dans cette environnement que je trouve déjà si familier, la forêt. Une des raisons première qui me poussait à faire se voyage était que je tenais à connaître la face caché de cette belle région chouchou de bien des amateurs de plein air, chasseurs, pêcheurs et artistes peintres, l’arrière-pays de Charlevoix. Derrière ces belles montagnes que l’on voit de la route 138 se cachent marais, tourbières, pessières, une faune et une flore varié, le silence, la noirceur de la nuit, le grondement des rivières… Un paradis de monts et vallées d'une beauté que nul ne peut soupsonner malgré les nombreuses cicatrices des coupes forestières d’autrefois et des feux de forêts .

Jour 1

Départ de Victoriaville, le 20 juillet 2009, 6 heure du matin. J’arrive à l’accueil de la Traversée à 10 heure de l’avant-midi sur la route 381, à St-Urbain, direction Le Parc des Grands-Jardins. Il fait beau et la journée s’annonce intéressante. Je suis très excitée et un peu nerveuse. J’ai hâte de partir avec sac à dos et bâtons de marche dans ce grand Charlevoix mystérieux. Je rencontre Johanne Leduc qui m’explique le trajet des 7 jours avec les cartes topographiques que j’apporterai avec moi et qui indique le trajet des marcheurs et des cyclistes l’été, des skieurs l’hiver, en plus des points d’eau potable, les sorties de secours, les endroits où l’on peu capter les ondes pour le téléphone cellulaire, l’endroit où se trouve chaque refuges, etc.…

Après avoir payé tout mes droits de passage dans les ZECS (pourvoiries), pour le Parc des Hautes-Gorges et les frais pour occuper les six refuges de la Traversée plus le transport de ma voiture au point d’arrivée le 26 juillet, je suis prête à partir après un bref, mais nécessaire, dernier passage sur une vraie toilette!!

Eudore Fortin, le papa fondateur de la Traversée en personne embarque avec moi jusqu’au point de départ pour pouvoir ensuite ramener ma voiture qui passera la semaine au bureau de la Traversée. J’en profite pour jaser un peu avec lui de la création des sentiers, des métiers qu’il a fait dans sa vie, je le questionne sur son âge, on parle de la région de Charlevoix en général et du pourquoi du comment de plein de choses. Donc, une fois arrivée, je chausse bottes de randonnée. Eudore soulève mon sac à dos et me dit qu’il a l’air très bien équilibré. Quand il m’a vue le soulever de terre pour me le mettre sur le dos il m’a dit que j’avais l’air d’être une habituée. Je ramasse mes bâtons de marche, les papiers que je dois conserver tout le long de mon trajets et je laisse mon auto aux bons soins d’Eudore qui me souhaite un bonne traversée en rajoutant, sur un ton moqueur, qu’il ne voulait pas me revoir avant 7 jours. Pas de trouble mon Eudore!

Après avoir payé mon droit de pêche dans la ZEC pour quelques jours, je mets enfin les pieds sur le sentier qui va me mener au refuge J-P Cadot. Il est 11 heure trente.

Sur le chemin, je croise quelques femelles de Tétras du Canada, pas très nerveuses, couchées en plein milieux de la route. Le Tétras est réputé pour être un oiseau très peu méfiant qui se laisse facilement approcher. À mesure que j’avance sur le chemin, je me rends compte du poids de mon sac à dos. Malgré mon entraînement des dernières semaines, je m’inquiète un peu du portage pour les prochains jours où j’aurai à marcher plusieurs heures sur plusieurs dizaines de km dans des conditions plus ou moins faciles avec un tel poids sur le dos.

Arrivé au Cadot à midi trente.

«Moins de quatre kilomètres séparent le début du sentier du premier refuge, situé sur les berges du lac à l’écluse. Ce refuge a été nommé Jean-Pierre Cadot en mémoire d’un guide d’escalade de la Fédération québécoise de la montagne, emporté par une avalanche dans les montagnes du Pérou, en 1977.

(L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 19.»

Mon château en bois rond…mon Cadot pour un dodo.

47 degré 42’ 37’’ Nord, 70 degré 36’ 54’’ Ouest, Alt : 752m

Situé juste en face du lac, le refuge est un peu en retrait de la route de terre. Il est encore tôt. Je vais à la pêche. Je croise Eudore en voiture sur le chemin. Il vient d’aller porter les vivres au chalet de l’écureuil pour un couple de Montréal qui sont en formule de luxe pour le raid de trois jours.

Je fais aussi la rencontre d’un gars, Dominic. Il a quelque peu envahi mon château de ses millions d’effets personnels. Je ferai avec et je reverrai Dominic un peu plus tard dans l’après-midi.

Avant souper, grosse averse. Je monte à l’étage préparer mon lit pour la nuit.

7 heure 30 pm, Doum et moi, on part faire le sentier des sommets. J’apporte ma lampe frontale car le soleil va se coucher bientôt. Super belle vue d’en haut mais je n’ai pas apporté mon appareil photo…zut! Pas pensé. On redescend avant la grosse noirceur… Doum dit ne pas avoir peur du noir mais je le sens méga nerveux… et pressé de revenir au camp (il courait presque!!!).

Au refuge, on prépare nos deux truites sur le grill dans le poêle à bois avec du saumon fumé que Doum a apporté aujourd'hui. On jase, on jase. Il commence à se faire tard. 10 heure trente, je vais me coucher. Demain, je dois me lever tôt. J’ai une longue route jusqu’au refuge Boudreault. Instinction des feux après étude de mon trajet sur la carte topo du jour 2. J’entends Dominic fermer le refuge avant d’aller, à son tour, se faufiler dans son sac de couchage.

Durant la nuit…deux fois, le chant des huards sur le lac me tire de mon sommeil (de toute beauté à entendre, ça!) et un coup de fusil, qui me semble avoir été tiré sur la route juste derrière le refuge, me fait sursauter aux petites heures du matin.

Jour 2

5 heure trente du matin, je me lève. Je range mes choses dans mon sac après avoir déjeuné. Je fais le ménage dans le refuge et je vais chercher du bois en arrière pour refaire les réserves pour le groupe suivant comme on nous demande de le faire dans les règlements de la Traversée. J’entends Dominic qui me demande l’heure qu’il est et si je suis bientôt sur mon départ. Il est 7 heure trente et, oui, je pars dans environ une heure, le temps de terminer mes corvées et de relaxer un peu. Assise sur le banc, pensive, j’étais en train d’admirer le soleil qui se levait sur les montagnes quand j’aperçois mon Dominic, tout écouetté, un peu tout croche comme si on l’avait extirpé de force de son lit. Il me dit que je suis pas mal courageuse de partir toute seule une semaine dans le bois. Je lui dit que pour avoir du courage, il faut d’abord avoir peur de quelque chose. Et moi, je n’ai pas peur de partir seule dans le bois pendant une semaine. Je me sens ici comme chez-moi et je ne suis pas stressée.

Dominic retourne se coucher. Moi, je prends la direction du refuge Boudreault à 8 heure trente. 16,7 km de marche environ.

Je n’ai pas arrêté beaucoup en chemin. Il fait beau et le temps est frai. Pas trop de moustiques et de brûlots non plus. J’ai rattrapé le couple de Montréal qui est parti du chalet de l’Écureuil une demi-heure avant mon départ du refuge. Je passe aux pieds du Mont des Morios (Gros Mont). Je n’ai pas vraiment un beau point de vue de la montagne de là où je me trouve. Avoir eu un sac à dos plus léger, j’aurais marché le sentier qui mène au sommet avant de continuer mon chemin vers le refuge. Une petite averse de rien vers une heure de l’après-midi me tombe dessus. J’arrive bientôt. Sous les lignes à haute tension, un panneau m’indique que je dois marcher encore 1.4 km avant d’arriver à mon refuge sur un sentier qui se trouve à ma gauche. Le chalet se trouve, lui, à ma droite, tout près. Mon sac est lourd. J’ai les épaules et les genoux endolories. Je suis fatiguée.

Refuge Boudreault. Arrivée à 2 heure pm.

47 degré, 44’ 45’’ Nord, 70 degré, 30’ 30’’ Ouest, Alt : 357 m


Aujourd’hui, je ne partage pas mon second château en bois rond mais je me rends vite compte que la compagnie de Dominic me manque un peu.

Primo, je vais chercher de l’eau après avoir explorer le coin et avoir ‘’spoter’’ la toilette sèche caché à travers les arbres. Je me lave et je fais ma lessive. Je refais la réserve de bois car le groupe d’avant ne l’a pas fait. J’allume le poêle à bois pour enlever l’humidité dans le camp, pour faire sécher mes vêtements et pour préparer mon repas du soir. Au menu du mardi, spaghetti au poulet!

J’ai préparée mon lit. Dehors, le soleil descends. Un lièvre passe sous la grande fenêtre et prends peur quand il m’entend ouvrir la porte du refuge. Et pis une famille d’écureuils fait tout un vacarme sur le toit. Un peu irritée de me savoir ici peut-être?

Deux bonnes tasses de chocolat chaud et je m’enligne direct dans les bras de Morphée pour, je l’espère, une bonne nuit de sommeil réparateur. J’ai entendu parlé, plus tôt dans la semaine, qu’on annonçait de la pluie pour mercredi… c’est demain ça!


Jour 3

Le Lac Boudreault…

«On doit le nom de ce premier lac à Simon Boudreault qui, vers 1880, avait fait son territoire de chasse de ce secteur. Ses fils et petits-fils ont ensuite pris la relève, mais la famille a dû abandonner les lieux vers 1960, après qu’un incendie eut détruit le chalet. Le refuge de la Traversée de Charlevoix, construit en 1978, porte justement le nom de Boudreault. Ceux qui se rendent au chalet de la Marmotte devront plutôt bifurquer vers la droite, peu après la borne de km 1»

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 20.)

5 heure trente. Mon horloge interne m’a l’air programmé pour cette heure…je me lève.

Petite routine du matin… déjeuné, sac à dos, ménage,… 7 heure, je ferme le refuge et je prends le chemin à rebours jusqu’au chalet de la Marmotte pour ensuite entreprendre une marche d’environ 15,5 km….sous la pluie! Après une photo du lac Boudreault et avoir été saluer les gens de Montréal en train de prendre leur petit déjeuné au chalet, je me lance sur le sentier, déjà boueux, de la Traversée. Ouin! Boueux, glissant, accidenté, sentier pas toujours facile dans ces conditions. Ça se rapproche du sport extrême. Sans mes bâtons de marche, je me serais, probablement, retrouvé souvent sur le derrière. C’est difficile aujourd’hui mais, au moins, je m’habitue au poids de mon sac à dos. Malgré la température de marde, j’avance à un bon rythme. J’arrive devant la pancarte qui indique le début du sentier pour la montagne de la noyée. Puisque je suis déjà trempée et frigorifié, je prends la décision de ne pas me rallonger de 8 km sur la montagne. De toute façon, à cette altitude, la tête dans les nuages, je ne verrai pas grand chose du paysage aujourd’hui. C’est la pluie qui gâche tout! La montagne de la Noyée…ce sera pour une prochaine fois.

«Dans ce secteur, devenu une zone de coupes forestières en 1985-1986, nous avons dû déplacer le sentier original. Le nouveau tracé suit un chemin forestier jusqu’à la rivière du Gouffre, qui est une rivière à saumons.(…) Marcheur et skieurs partent à droite, passent par la Grande Coulée pour atteindre le sommet de la légendaire montagne de la Noyée, par son flanc ouest. Le panorama époustouflant s’ouvre à 360 degré sur Charlevoix. La journée se termine au lac de la Chouette, au chalet du même nom ou au refuge Le Bihoreau, situé un kilomètre plus loin.»
L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 21.)


J’avais juste hâte d’arriver, d’allumer un bon feu et de faire sécher mes vêtements. À la hauteur du Chalet de la Chouette, je tourne à gauche, passe sous les lignes à haute tension, et traverse sur un petit pont. J'entends la ligne hydroélectrique qui grésille. Ça fait un drôle de bruit. Il pleut vraiment fort et il me reste encore un kilomètre jusqu’au refuge et il se trouve en haut d’une côte. Ça monte, pis ça monte, pis ça monte encore, ça n'en finit plus!!

Enfin! Le refuge du Bihoreau est entouré de montagnes et il y a un petit lac en face. Au bord du lac, dans la boue, il y a une vieille trace d’ours.

«Dans Charlevoix, la densité de l’ours noir est d’un individu par 10 km carré, ce qui rend son observation possible lors de randonnée ou aux abords d’une route. C’est un animal admirable et majestueux qu’il faut apprécier à distance.»

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 71..)

Arrivé au refuge du Bihoreau : midi et quart.

47 degré, 48’ 17’’ Nord, 70 degré, 29’ 48’’ Ouest, Alt : 677 m

J’enlève mes vêtements et mes bottes mouillés. J’ai les pieds un peu ratatinés et les orteils blancs…

J’enfile du sec et du confortable. Je vais chercher de l’eau au lac et j’allume le feu pour me préparer une bonne soupe poulet et nouilles dans laquelle je rajoute un peu de riz. Le bois crépite dans le poêle et j’apprécie la chaleur. Je prépare tout de suite mon lit sur la plate-forme. Je dépose mon sac à dos pas trop loin du poêle pour le faire sécher. Après mon repas, je décide de faire un somme. Le soleil à envie de se pointer à travers les nuages. Moi, je dors déjà…

5 heure pm. Il fait beau enfin. Je pars prendre une marche dans le bois. Je regrette de ne pas m’être apporté de lecture. J’ai le temps ici pour ça. J’ai trouvé un canot caché plus loin mais, par prudence, je laisse tomber l’idée de l’emprunter pour aller sur le lac. Je jète un oeil sur l’itinéraire de demain. Parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie. Garantie que je me paie la traite! Petite rail en autobus…Chocolat et vrai toilette! Héhéhé!

Souper à 6 heure.

7 heure et demi, le soleil se cache derrière la montagne. C’est silencieux. On dirait que, parfois, j’hallucine des bruits de moteurs de voitures… Ce n’est pourtant pas la ville ici!! Il n’y a pas personne à des milles à la ronde. Un lièvre passe devant le refuge. Il ne m'a pas vu. Je l'observe de la fenêtre. Je bois ma tasse de chocolat chaud et je vais au lit. Avant, je dois rassembler un peu mes p’tits. J’ai tendance éparpiller le contenu de mon sac à dos un peu partout . Mais dans le fond…ça ne dérange personne ici. J’ai dormi comme une bûche la nuit passée... Ici, au refuge Bihoreau, il n’y a pas d’écureuils qui font la course sur le toit. 9 heure moins quart…dodo.


Jour 4

3 heure trente du matin. J’ai une grosse migraine d’enfer et j’ai mal au cœur. Après avoir été malade, je prends deux Advil et je retourne me coucher et j’essais de me rendormir. je m'inquiète un peu pour la journée qui s'en vient. J'ai peur de ne pas être très en forme.

5 heure trente, je me réveille. Ça va mieux mais je décide de rester couchée encore un peu.

6 heure, je me lève et je me rends compte que j'ai de l'appétit. Curieusement, je me sens en pleine forme comme si j'avais passé une nuit à dormir comme un loir. Une fois mon sac à dos paqueté, dernier check-up et c’est partie. 7 heure et quart…départ vers le refuge des Prophètes. Aujourd’hui, 20 km.

(À partir de ce point, le sentier des skieurs et des marcheurs remonte en serpentant dans les montagnes. Au sommet, la vue porte cette fois vers le nord. On y aperçoit la grande vallée des Hautes-Gorges et la rivière Malbaie, entourées de pics culminant à 850 m : D’un coté l’Acropole des draveurs et, de l’autre, le mont Félix-Antoine-Savard.

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 21)

Ouin! Sauf qu'après avoir serpenté dans le sentier et après le temps de chien qu’on a eu les deux dernières semaines (de l pluie, de la pluie et encore de la pluie!), on se ramasse à marcher dans une swamp, direction Est sur environ 3 km!!!! (Ha oui! J’ai téléphoné à mes parents en haut de la montagne pour leur dire que j’étais encore en vie! Héhéhé!!!). J’ai dû longer un lac, le sentier était presque invisible, les bâtons de marche dans le lac pour m’empêcher de tomber en pleine face dedans. De peine et de misère, J'en suis sortie, j'ai traversé un bois et je me suis rendue jusqu'à une petite route de terre où j'ai changé de chausettes.

(Lors de la formation des étudiants inscrits au Baccalauréat en plein air et tourisme d’aventure, à l’Université du Québec à Chicoutimi, l’examen final comporte la question suivante : « Quel est le moment le plus dangereux de toute sortie en plein air? » Plusieurs pensent aux descentes de rapides tumultueux, aux abords de précipices, ou aux avalanches; mais voici la bonne réponse : « Lors du transport en véhicule, avant ou après la sortie »!

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 47)

Je me suis ensuite trompée de sentier. Je n’étais pas certaine de la direction que m’indiquait la flèche. Deux sentiers bifurquaient vers la gauche. J’ai fais un choix mais je trouvais ça un peu curieux de ne pas retrouver de balises après quelques minutes de marche… J’ai fait demi tour après être arrivé à un cul de sac et j’ai pris l'autre chemin et j'ai enfin retrouvée les balises. Ça ne m’a retardé que d’environ une quinzaine de minutes gros max. Se tromper de sentier fait partie des risques.

Je poursuit ma route sur un ancien sentier forestier. Je prends maintenant la direction du parc. La vue était extraordinaire!

(La piste rejoint alors celle des cyclistes et poursuit la descente vers les lacs du Foulon 1, du Foulon 2 et Sans-Oreilles, pour atteindre le chemin d’accès du parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, près du mont des Érables. Ce chemin peut aussi être utilisé comme sortie de secours, hiver ou été.

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 22)

J’étais motivée surtout par mon estomac!! Héhé!! 2 heure pm, je sors du bois après une longue descente en zigzag dans la montagne. J’entendais déjà, depuis le sommet, l’autobus sur la route du parc en bas. J’arrive au pont et juste de l’autre coté, l’arrêt d’autobus. Une pancarte m’indique qu’il ne me reste que 5 km de marche avant mon refuge des Prophètes. Je croise un garde-parc en pick-up qui me voit sortir du sentier. L’autobus passe au 10 minutes aujourd’hui. Arrivé au Draveur, juste au pieds de l’impressionnante Acropole, je me prends…velouté de poireau avec patate, petit pain, gâteau aux carottes, chocolat, une orange et un cocktail de jus de canneberges. Miam!!!! Assise à une table dans un coin, je dévore avec très bon appétit mon lunch. J’ai quand même marché 3 km dans un marécage pour ça! Je le mérite bien!!! Héhé! Ça fait changement du lyophilisée ou du sec!

Après le plein d’énergie, je reprends l’autobus jusqu’au sentier et je repars direction Est. C’est la journée la plus ensoleillée et la plus chaude de la semaine. J’ai trouvée que la dernière portion du sentier ressemblait à une course à obstacle. J’arrive au Prophètes vers 4 heure et quart. Tout à coté du chalet Le Geai Bleu, le refuge est situé sur un promontoire qui surplombe la rivière Malbaie de 25 m.

(Ce refuge a été nommé d’après les montagnes situées à quelques kilomètres au nord, soit les monts Élie, Jérémie et Isaïe, trois prophètes de l’Ancien-Testament. (…) Il est difficile de quitter cet endroit de rêve où il ferait bon flâner une autre journée, dans un décor aussi splendide. Mais il faut se rappeler qu’un autre groupe viendra prendre la place. Comme à tous les départs, il faut vite refaire les bagages, laver la vaisselle, balayer le plancher, entrer le bois pour le prochain groupe, ramasser les déchets et les emporter avec soi; bref, organiser refuge ou chalet tel qu’on désire soi-même retrouver celui de la prochaine étape.

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 22)

Refuge des Prophètes.

47 degré, 51’ 28’’ Nord, 70 degré, 23’ 50’’ Ouest, Alt : 215 m

Mais quelle vue!!! WOW!!!! WOW!!!! WOOOOW!!!!!! Le paradis sur terre!

Debout sur le perron, j’ai droit à tout un paysage…et le spectacle de la rivière Malbaie qui passe à mes pieds!!! Et les montagnes à l’entrée du parc juste en face! De toute beauté!!

Vite, je file porter mes affaires et j’enfile mon bikini!! Je vais faire trempette sur le bord de la rivière et, ensuite, rapporter de l’eau par la même occasion au refuge. Il fait chaud, l’eau est bonne. Je remonte au camp et je profite du soleil. Il n’y a pas personne à des km à la ronde. Je me séche et je fais mon lavage. J’étends sur la corde aujourd’hui et je n’allumerai pas le poêle à bois. Fait trop chaud. Aujourd’hui, c’est ma plus belle journée et j’ai déjà la moitié du voyage de complété. Plus que deux jours et demi.

Jour 5


(Et hop! Départ pour un autre 15 km, en direction du chalet Le Coyote ou du refuge Donohue (anciennement Maltais). Ce trajet est relativement facile et agréable mais il monte constamment, longeant sur huit kilomètres la rivière Malbaie et le ruisseau Chouinard. À mi-chemin, vous êtes sur le territoire de la ZEC du Lac au sable.

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 23.)

J'ai été obligé de suspendre ma nourriture dans le refuge à cause d’un écureuil qui perçaient mes sacs pour essayer de bouffer mes provisions durant la nuit. Je soupçonne l’écureuil d’être venu me jouer dans les cheveux cette nuit et renifler ma tête de touriste pendant que (j’essayais!!!) je dormais. J'ai sentit son petit museau. Ça chatouille pis ça réveille drôle un peu!! J’avais peur qu'il finisse par prendre une mordée dans mon matelas autogonflant juste pour goûter!! Les écureuils sont diurnes mais une espèce que l’on appelle polatouche, elle, est nocturne et si ce n’était pas la bette d’un sacrament d’écureuil roux insomniaque que j’ai vu essayer de bouffer mon stock en bas, c’est sûrement celui d’un polatouche! Il doit être passé par la fenêtre, à l’étage, qui n’avait pas de moustiquaire…

Bon! J’ai fini par dormir un petit peu pareil malgré le trip de bouffe nocturne du coloc!!! Donc, un conseil!! Suspendez votre nouriture même si vous dormez en refuge!

Départ à 7 heure trente après le petit train-train matinal en espérant, du coup, avoir mis à la porte l’écureuil avant de fermer le refuge. C’est nuageux aujourd’hui mais bon…

J’ai vue des empreintes de loup sur le sentier qui faisait la grosseur de la paume de ma main. Les loups devaient suivre les orignaux qui empruntent le sentier de la Traversée. J'ai suivi la piste jusqu'en haut d'une montagne. C’est vrai que le trajet était plus relax que les autres malgré la boue…je ne m’en sauve pas de ça! J’arrive de bonne heure au refuge Donohue. Je vais faire un tour jusqu’au Lac Coyote. Je reviens car le ciel annonce encore de la pluie et comme de fait… vers 7 heure, on a droit à de la flotte…encore!!!

Refuge Donohue.

47 degré, 54’ 40’’ Nord, 70 degré, 6’ 52’’ Ouest, Alt : 586m

C’est un refuge très confortable. J’ai un peu de difficulté à partir le feu, le bois me semble humide mais je finis tout de même par y arriver avec de la patience et un peu d’acharnement. Je trouve une bouilloire et une grande cuve de plastique. Je m'en sert pour me laver les cheveux à l'eau chaude! Dehors, la température a beaucoup refroidit à cause de la pluie. Je me prépare un bon souper et je me couche relativement tôt parce que le ‘’trippe de bouffe’’ de la bestiole de la veille au refuge des Prophètes m’a privé d’une bonne nuit (complète!!) de sommeil. Je ne prends pas de chance et je suspend le sac de bouffe au plafond avec ma corde et mon mousqueton après un clou. Il pleut maintenant à scieau dehors et ce sera comme ça toute la nuit…ça s’annonce mal pour demain.

(Sur le territoire de Charlevoix, qui couvre plus de 5 000 km carré, on estime la présence du loup à une meute par 1 000 km carré. Une meute se compose en moyenne de six individus (de 2 à 15 selon les périodes de l’année). Le loup de Charlevoix s’attaque principalement à l’orignal, au caribou et au castor.
L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 74.)


Jour 6

Et c’est de la pluie non-stop!!!


J’ai partagé le refuge avec une chauve-souris cette nuit. J’ai eu beau laisser la porte ouverte durant 15 minutes et essayer de la faire sortir…rien à faire. Elle tournait en rond sur les deux étages sans arrêt toute la nuit et j’ai mit ma tête sous la couette pour éviter de me réveiller en sursaut des fois que ‘’madame’’ (ou monsieur bat-chose!) déciderait d’atterrir sur ma tête parce qu’elle faisait des arrêts fréquent sur mon sac de couchage et l’atterrissage ne se faisait pas toujours en douceur. J’avais parfois l’impression qu’elle se laissait tomber comme une roche. Pas moyen d’avoir la paix! Tant pis…j’ai quand même super bien dormi malgré le ‘’flaque-flaque’ incessant du battement d’ailes de ‘’ma’’ chauve-souris (mais quand même plus discret que le bruit que fait le‘’couraillage’’ d’un mulot la nuit sur le plancher ou d'un écureuil qui bouffe un sac ziploc! Ça! Ça me tombe sur les gros nerf!!!).

Et ben, et ben! Départ à 7 heure 30 vers le refuge du Castor à 20 km. Fait froid en plus.

(Voici un trajet facile puisqu’il emprunte d’anciens chemins forestiers pendant 15 des 20 km. Au km 17, le sentier de marche et de ski débouche sur un autre barrage de castors. (…) Il est important de prêter attention à la signalisation car, dans cette portion, plusieurs autres chemins peuvent porter à confusion. Pour une dernière fois, vers la fin de la journée, le sentier traverse les ligne de haute tension, quelque peu dérangeantes pour la vue. Toutefois, en se rappelant à quel point cette énergie est indispensable dans la vie courante, on accepte mieux ces quelques pylônes et on ne peut qu’admirer le courage des hommes qui ont réalisé ce travail de funambule.


L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 23-24.)

Quand j’ai vu le panneau de signalisation qui m’indiquait qu’il ne me restait plus que 5 km à parcourir, j’ai donné un ‘’go’’ parce que je commençais vraiment à avoir froid et la pluie était torrentielle. Au dernier km, j’ai traversé un champ complètement inondé de l’eau jusqu’a mi-mollet. Je n’ai pas eu de difficulté à repérer les balises sur le sentier. Ça bien été. Arrivé au refuge, 3 heure pm.

Camp du castor

47 degré, 50’ 45’’ Nord, 70 degré, 7’ 27’’ Ouest, Alt : 444m

Je me suis couchée vraiment tôt ce soir là et je me suis levée plus tard qu’à l’habitude le lendemain. J’avais besoin de dormir.

Jour 7

Je me suis levée à 7 heure. J'ai super bien dormi. Je devais être plongé dans un coma profond jusqu'à 4 heure et demi du matin où je me suis fais réveiller par un mulot qui fouinait en bas et qui a prit la poudre d'escampette en me voyant. J'devais avoir l'air bête,je ne le sais pas...

10,4 km avant de voir la fin de ma traversée. C'est brumeux aujourd'hui mais la température c'est quand même réchauffé un peu à comparer à hier.

(L’aventure tire à sa fin. Le reste du trajet ne pose pas de difficulté. Cependant, en été, exceptionnellement, les marcheurs suivront le trajet de vélo de montagne, et non celui de ski de fond. Les pictogrammes, bien en vue sur le sentier, le rappelleront.

Le sentier se termine au mont Grand-Fonds. Celui-ci loge un centre de ski de randonnée et de ski alpin présentant un dénivelé de 335 m.

L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 24-25.)

Puisqu’il a mouillé rien qu’en masse….les ruisseaux sont gonflés au point de ressembler à de véritables torrents. Il y en a eu un qui m’a posé problème. Le seul moyen de traverser était un tronc d’épinette couché en travers du ruisseau qui me semblait assez glissant, étroit et plein de branches. ‘’Ça passe ou ça casse!!’’ que je me suis dit. Prenant appui sur mes bâtons de marche, j’essayais de trouver les grosses roches pour m’aider à garder mon équilibre et avancer petit peu par petit peu jusqu’à l’autre coté sans glisser. Ça l’air peut-être de rien mais c’était du sport!! Héhé!

J’ai débouché sur une portion du sentier national, le sentier de l’Orignac et à la sortie du bois, les dernières signalisation de la Traversée m’indiquait qu’il ne me restait plus que deux km avant de retrouver ma voiture. Je me trouvais dans la ZEC de Comporté. Je pouvais apercevoir le mont Grand-Fonds. Au loin, une pancarte arraché qui devait annoncer la fin de la Traversée. J’étais un peu… je ne sais pas trop. Malgré toute la misère que j’ai mangé part bout, j’aurais continué encore. Ça été une super belle expérience que je n’aurais pas peur de recommencé n’importe quand. J’ai appris beaucoup de choses et je me suis poussée à fond là-dedans. «Tu ne peux pas arriver pis au milieux du chemin abandonner pis prendre la première sortie de secours parce que ce serait trop simple». Quand c’est difficile, tu te botte le derrière pis tu avances. Tu le fais jusqu’au bout ou bien tu reste dans le petit confort de ton foyer. Si j’ai été capable de faire la Traversée de 7 jours, une fille toute seule en plus, n'importe qui peut le faire. Pour certains, c’était quelque chose de presque impensable à cause que ça pas de bon sens partir toute seule dans le bois…il y a des ours, les loups,…

N’importe qui de bien préparé, en bonne condition physique et qui connaît ses limites, avec un minimum de volonté est capable de se taper la trail. C’était vraiment super. M’attendait dans ma voiture, comme un trophée, un certificat où on pouvait lire ceci : La Traversée de Charlevoix est heureuse d’attester que Chantal Roux a effectué dans sa totalité le raid de St-Urbain au Mont Grand-Fonds, 26 juillet 2009. Vous pouvez pas imaginer à quel point j’étais vraiment fière de moi. Un tout petit voyage dans l’arrière-pays mais c’était tout une grande aventure pour moi! Je voulais le faire, je l’ai fait pour moi. Je l’ai réussi.

( En plus de devoir compter sur ses propres capacités, le randonneur composera, chemin faisant, avec plusieurs facteurs indépendants de sa volonté : pluie, neige, froid ou chaleur intense. Il faut être en mesure de s’adapter à toutes les conditions. Dans un groupe, l’esprit d’équipe est de rigueur et chacun doit exécuter ses tâches sans qu’on le lui demande. Le raid fait appel à la camaraderie, à l’entraide, à la solidarité.

Une expédition de 100 km est une aventure qui se prépare de longue date. On doit connaître la façon de se vêtir et de se nourrir. La lecture des textes sur les préparatifs d’une longue randonnée s’avérera très utile à cet égard.

La Traversée de Charlevoix représente un formidable exploit personnel. La bonne et dure école de la nature peut certainement aider chacun de nous à mieux se connaître et à partager. Depuis ses débuts, la Traversée a été, pour de nombreux Québécois, un tremplin vers de grandes aventures. Parmi eux : Claude Bérubé, Mario Bilodeau, Gilles Couette, Odile Dumais, Yves Laforest, André Laperrière et Bernard Voyer. Certains ont atteint le pôle nord et le pôle sud en ski, certains ont grimpé le K2, alors que d’autres ont réalisé leur rêve : atteindre le sommet de l’Everest. Qui sait où la Traversée de Charlevoix vous mènera?

Eudore Fortin, Président de la Traversée de Charlevoix
L’autre nature de Charlevoix, guide écotouristique de la Traversée et de l’arrière-pays, Édition Quatre saisons, 1999, page 11.)
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