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Figurants parmi les titans
Commençons par présenter les figurants :
Joceline Falcon, 47 ans, analyste principale dans une boîte informatique,
Manon Gagné, 30 ans, technicienne en géomatique,
Jean Louis Martineau, 43 ans, analyste en informatique,
Pierre Morin, 57 ans, peintre et responsable du développement artistique dans une boîte de communication,
Renald Desharnais, 59 ans, nouveau retraité.
Nous sommes cinq amateurs de plein air. Nous avons plusieurs excursions de ski hors-piste à notre actif : les Chics-chocs du parc national de
Les titans, ce sont les montagnes de larrière-pays entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie. Celles-ci ressemblent à des dames dâge mûr qui se laissent gâter par trois fidèles courtisans :
Ø
le ciel,
Ø
le vent,
Ø
la météo.
Dorigine terrienne, ces dames sont dhumeur égale. En fait, ce sont de véritables contemplatives qui aiment observer leffet du passage des saisons sur leurs corps.
Les courtisans travaillent jour et nuit pour les parer de leurs plus beaux atours : un épais manteau blanc pour lhiver, une forêt de bourgeons qui éclatent au printemps, suivi de la livrée verte de lété. Puis, une explosion de la palette de couleurs à lautomne.
Parfois, les dames de Charlevoix réclament de la pluie pour abreuver la faune et la flore qui habitant dans leurs plis et replis. Il arrive même quelles demandent de la pluie en hiver! Cest ce qui est arrivé lavant-veille de notre départ, la région a reçu
Heureusement, durant notre première nuit, un des courtisans nous a livré 5 à
Jour 1 (2 mars 2009)
Météo :
Itinéraire : Stationnement→ Chalet lÉcureuil (
Départ : 13h 45 - Arrivée : 15h 45
Nous quittons Longueuil à 07h 30. À midi, nous avons la chance dêtre accueillis par M. Eudore Fortin qui travaille au développement de ce réseau de sentiers depuis 1977. Cest une véritable histoire de famille : son grand-père, son père, et lui ont passé toute leur vie à sillonner cette beauté sauvage.
Grâce au travail de M. Fortin, les randonneurs, les amateurs de vélo de montagne et les skieurs hors-pistes peuvent vivre une expérience bouleversante en se mesurant aux difficultés que recèlent les différents sentiers. Et, ce nest pas fini, il développe encore des projets avec deux ZEC et le parc national des Hautes-Gorges afin daménager des sentiers à lintention des amateurs de raquettes.
Après le partage du stock collectif, nous repaquetons nos sacs à dos contenant la bouffe et notre linge pour les sept prochains jours. Avantage non négligeable, les chalets sont équipés dun poêle au gaz propane et tous les ustensiles de cuisine sont fournis. Donc, pas besoin de transporter brûleur, carburant, et casseroles
Notre expédition commence vers 13h 45. Aujourdhui, cest une petite journée : quatre km sur une piste de motoneige durcie et glissante. Nous arrivons au chalet deux heures plus tard. Là, nous faisons connaissance avec deux athlètes qui nous font comprendre que ce raid nous offrira plusieurs occasions de dépassement.
Après avoir pris notre collation, cest lheure des jeux de société, de la pause lecture. Joceline soigne sa petite patte gauche en la trempant alternativement dans de la neige fondue et dans un bassin deau chaude. Ce traitement conseillé par une ostéopathe est parait-il, aussi simple quefficace.
Jour 2 « Qui sy frotte sy pique
»
Météo :
Itinéraire : Chalet lÉcureuil →
Départ : 09h 00- Arrivée : 17h 15
À laccueil, on nous avait prévenus : « Cest la journée la plus difficile
». Et comment! Les sentiers sont étroits, les pentes sont raides, les virages sont brusques, les bords de sentier sont croutés. Ceux qui ne sont pas en maîtrise dans les descentes vont trouver la journée longue. Ils seront constamment sollicités pour:
Ø
mettre et enlever les peaux de phoque,
Ø
descendre ou monter « en escalier » les pentes,
Ø
enlever les skis pour franchir les pires raidillons.
Cest la journée où les « Mas-tu vu? » baissent le ton au fur et à mesure quils accumulent les embardées. Après la 7e ou la 8e, on ne les entend plus.
Partis à 09h 00, nous arrivons au terme de cette étape après le coucher du soleil.
Cette journée donne le ton au reste de la semaine. Pour chacune et chacun, cest le moment de décider si on poursuit ou pas. Demain nous croiserons la seule voie de sortie. Personnellement, nous devons donc, répondre « oui » ou « non » à la question suivante : « Suis-je assez fort pour accepter les conditions imposées par les dames de Charlevoix et leurs courtisans ». Rien nest négociable, cest une véritable école de dressage où la nature nous susurre à loreille :
Ø
Mets tes peaux!
Ø
Enlève tes peaux!
Ø
Tanné de caler jusquau nombril, cesse de mettre les pieds en dehors du sentier!
Ø
Arrête de chialer et sers-toi de tes bâtons!
Ø
Allez, rembarque sur la piste, tes capable!
Finalement, nous acceptons toutes et tous de relever le défi.
Anecdote : « Pas de 5 à 7 ici
»
Joceline a bien ri lorsque je lui ai dit : « En tant quancien fonctionnaire, je suis habitué au 9 à 5. Toutefois, le 9 à 5 que nous venons de faire a été drôlement exigeant, et il ne se termine même pas par un 5 à 7
»
Jour 3 « Les chiens nous dépassent
»
Météo :
Itinéraire : Chalet
Départ : 10h 00 Arrivée : 15h 00
Un parcours exigeant, mais moins casse-cou quhier. Le nombre de chutes est beaucoup moins élevé. Malgré tout, Manon ramènera un souvenir de son passage dans les montagnes de Charlevoix. En effet, après une méchante fouille où son front a rencontré un de ses bâtons, elle ressemble à un jeune rhinocéros dont la corne est sur le point de percer.
Anecdote : « Tassez-vous bande de mononcles
»
En cours de route, nous sommes dépassés par 5 cométiques (traîneaux à chiens). Très surprenant! Les chiens courent en silence, on entend un léger halètement, puis linstant daprès on voit un chien nous dépassant, puis un 2e, un 3e
En arrivant au chalet, la division du travail implicite se met à luvre :
Ø
corvée deau,
Ø
préparation du bois dallumage,
Ø
mise en route du souper,
Ø
moments de détente.
Durant la soirée, un vent glacial se lève. Nous entendons son souffle toute la nuit. Nous sommes très contents dêtre à labri.
Jour 4 (Voyage à lintérieur dune carte postale
)
Météo :
Itinéraire : Chalet
Départ : 08h 30- Arrivée : 15h 00
Avec
Une étude de la carte nous convainc de tenter un raccourci.
Dans lensemble, le trajet se fait assez bien. Par contre, la dernière descente, avec sa suite de virages en épingle, est impraticable, parce que la piste a été durcie par le vent glacial de la veille. Au pied de la montagne, nous aboutissons dans le parc national des Hautes-Gorges. Là, Jean-Louis et moi dégageons un banc, ce qui permet à notre équipage de pique-niquer en se faisant bronzer comme des lézards.
Nous finissons cette étape en longeant la rivière Malbaie. Arrivés au chalet, nous profitons du magnifique panorama : nous voyons la rivière qui coule et à larrière-plan, les dames de Charlevoix meublent lhorizon en dressant leurs belles rondeurs.
Ça fait quatre jours que nous sommes à la merci de ces montagnes. Ce sont elles qui déterminent les conditions dans lesquelles nous évoluons. Ce sont elles qui font que nous avons du plaisir et prenons du bon temps ou que nous nous décarcassons pour avancer mètre après mètre. Ici les contrôlants ou les manipulateurs nont pas voix au chapitre. La montagne décide.
Anecdote : Lorigine de lexpression « Se faire passer un sapin
»
Nous sommes sept dans le sentier. Notre groupe de cinq et les deux athlètes avec qui nous partageons le chalet. Naturellement, ceux-ci nous ont dépassés et les traces quils laissent dans la neige nous démontrent la différence entre les bons skieurs et les espèces de « moumounes énergiques » auxquelles jappartiens. À un moment donné, jai vu deux traces de ski qui passaient de chaque côté dun petit sapin de
Jour 5 « Retrouver le plaisir de faire du ski
»
Météo :
Itinéraire : Chalet le Geai bleu → le Coyote (
Départ : 08h 45- Arrivée : 15h 00
En début de journée, nous nous mesurons à des montées et à des descentes abruptes. Jean-Louis est le seul qui semble capable de négocier les descentes. Par contre comme il la avoué plus tard, nous étions souvent trop loin derrière pour le voir tomber et se relever.
Notre randonnée se termine par un faux plat montant qui permet aux personnes de mon niveau de retrouver le plaisir de faire du ski de fond.
De son côté, Joceline carbure aux Advils, et telle une « pusher » de larrière-pays, voulant se créer une clientèle, elle nous offre une tournée générale.
Le temps est couvert toute la journée. Malgré tout, nous avons droit à des panoramas nous rappelant les sentiments que Radisson et Desgroseillers ont dû ressentir en explorant la région des Grands Lacs.
Anecdote : Planté dans la neige
Nous skions à flanc de montagne depuis un bon moment. Il faut absolument éviter de tomber du côté de la coulée, car nous calerions jusquà mi-poitrine. Dans de telles circonstances, la personne est condamnée à rester dans les replis de la montagne si on ne réussit à la hâler. Aussi, javance très prudemment. Dans une pente très douce, je me penche pour éviter quune branche ne me fouette le visage. Cette flexion me fait perdre léquilibre et je rentre comme une torpille dans laccotement mou. Jenfonce jusquà la taille. Mon sac à dos est là pour sassurer que je ne me relèverai pas de sitôt. Soudainement, jai peur de manquer dair et de mourir asphyxié. Heureusement, le bâton que je tiens dans la main gauche me fournit un point dappui me permettant démerger et de respirer à pleins poumons
les figurants qui ont assisté au spectacle ont bien apprécié la prestation.
Jour 6 « 20km ça se fait facilement, cest juste que certains mètres sont plus difficiles à franchir
»
Météo :
Itinéraire : Chalet le Coyote → lÉpervier (
Départ : 08h 00- Arrivée : 16h 00
La journée commence en souhaitant un joyeux anniversaire au doyen de léquipage qui fête son 59e printemps.
Au lever nous constatons que la météo nous a livré quatre cm de neige. Nous sommes très contents, car, au coucher, nous avons eu droit à une météo toute garnie : averses de pluie, de grêle, de grésil, de verglas, le tout, ponctué déclairs et de tonnerre.
Nous avons droit à un parcours en dents de scie où le niveau de difficulté est tout juste gérable pour les moins habiles dentre nous. Néanmoins,
Anecdote : Embrasser une épinette.
Lors dune descente serrée, je tombe littéralement dans les bras dune petite épinette. Celle-ci maccueille en pliant un peu et leffet de ressort me remet en piste
Je lai quasiment embrassée tellement jétais content déviter une autre embardée
Jour 7 « Méchant contraste
»
Météo :
Itinéraire : Chalet lÉpervier → Mont Grand Fonds (
Départ : 08h 00- Arrivée : 12h 00
Cette dernière journée commence par une longue montée de deux km. Suivie dun plateau se terminant par une série de virages en épingle obligeant la plupart dentre nous à descendre la montagne « en escalier ». Cest long et fastidieux, mais ça évite les embardées.
Les cinq derniers km se font dans les sentiers tracés du mont Grand Fonds. Un vrai dessert après nos100 km hors-piste.
Pour marquer notre arrivée, nous fredonnons lair du Pont de la rivière Kwaï. Au chalet du centre de ski alpin, nous nous sentons comme des extra-terrestres. En une semaine nous avons croisé moins de 10 personnes. Tout à coup, nous retrouvons avec nos sacs à dos, au milieu de skieurs qui prennent le soleil en sirotant une bière et en écoutant de la pop-music.
Anecdote : (Mets tes skis kalice
)
Un parmi nous se tanne de descendre avec la technique de « lescalier ». Il décide dessayer à pied. Mal lui en prit. Dès quil enlève un ski, il cale jusquaux fesses. Pour se dépêtrer, il doit enlever lautre ski, ce qui le fait senfoncer encore plus et reculer dans le sous-bois. Ses bâtons ne fournissant pas un point dappui suffisant, jenlève un ski pour quil sappuie dessus et sextirpe de la neige qui est en train de lavaler.
Bref, ici il faut être zen. Ça ne sert à rien de sacrer. Cest la montagne qui mène, et à chaque fois quon lui tient tête elle nous fait comprendre que cest elle qui aura le dernier mot.
Voilà, notre traversée de Charlevoix est terminée. Nous sommes tous très contents de voir que M. Fortin a signé un certificat attestant que nous avons « effectué dans sa totalité le raid de Saint-Urbain au Mont Grand Fonds ».
Pour certains dentre nous, cette expédition présentait un niveau de difficulté dépassant nos compétences techniques. Néanmoins, nous sommes très fiers davoir complété ce parcours et nous en garderons un souvenir inoubliable.
Les mots de chacun :
Ø
Attention! Accotement mou. (Joceline)
Ø
Ça sent la peau
de phoque (Pierre)
Ø
Ici, la nature domine, et lhomme plie léchine (Renald)
Ø
Si la cigale et la fourmi entament ce raid, seule la dernière parviendra au fil darrivée. (Manon)
Pour info : renaldesharnais@hotmail.com ou (450) 646 2869
Pour un album photo :
Références :
DUMAIS, Odile, La gastronomie en plein air, Éditions Québec Amérique, 1999
LACOMBE, Nathalie, Du plein air, jen mange, Éditions Vélo Québec, Collection Géo plein air, 2009
1) Dumais, p. 155
2) Dumais, p. 165
3) Dumais, p. 205
4) Dumais, p. 158
5) Dumais, p. 156
6) Lacombe, p. 208
7) Dumais, p. 189
8) Lacombe, p. 181
9) Dumais, p. 195
10) Dumais, p. 203
11) Dumais, p. 202
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