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Six jours d'une excursion en ski hors piste sur la Traversée de Charlevoix Par Claude Côté
Sur un fond d'air doux et un soleil radieux, l'équipe s'élance d'un même élan sur la première section d'un quatre kilomètres calme et paisible, sur un tracé de motoneige qui n'est heureusement pas à l'image des 15 autres que nous verrons défiler par la suite aujourd'hui. Après notre premier kilomètre de sentier nous désertons le tracé pour profiter de la surface invitante d'une grande étendue blanche parallèle à la piste : le lac à l'Écluse. Sous ses allures de grand cours d'eau progressant en droite ligne vers notre destination, nous profitons du spectacle des nombreux escarpements rocheux qui en bornent la surface. Nous avançons en réalité dans une longue vallée glaciaire façonnée à même le Bouclier canadien. Tout au long de ce voyage d'ailleurs, nous baignerons à maintes reprises dans des paysages sculptés par les glaciers.
Parvenus à l'embouchure du lac qui se termine en véritable entonnoir, nous présageons l'endroit où se dissimule l'écluse malgré l'amoncellement de neige. Nous devinons bien, par la suite, le lit d'une petite rivière qui semble se perdre derrière les arbres. Tout comme le cours d'eau qui a repris son cours naturel, nous avons retrouvé le sentier d'origine. Nous voici bientôt au premier chalet de la Traversée, à l'Écureuil, au kilomètre 4 de la randonnée. Comme nous avons débuté notre expédition tôt le matin, notre destination pour cette première journée sera le chalet numéro deux à 15 km d'ici. Présentement, un occupant à l'intérieur du chalet attend notre venue. Nous savons qu'il s'appelle Serge et qu'il a demandé à faire la traversée en même temps qu'un groupe déjà organisé comme le nôtre. Bien qu'il soit pour nous tous un inconnu, il a vite fait de s'intégrer à l'équipe et de nous faire partager sa joie de vivre. Contrairement à nous qui voyageons avec des sacs très légers, ayant tous opté pour l'excursion avec transport de bagages, Serge, lui, a choisi la traversée en mode autonome. C'est donc dire qu'il transportera la totalité de ses sept jours de bagages (nourriture y compris) sur son dos. Peu après l'Écureuil, nous abordons une succession de descentes qui nous conduiront au pied du contrefort des hauts-monts de Charlevoix. Pour nous, et encore plus pour Serge qui porte le poids de sa semaine sur ses épaules, il faut jouer de prudence car les conditions douces et ensoleillées favorisent la perte d'équilibre et l'accélération dans les descentes, et ce, malgré l'utilisation des peaux de phoque.
Heureusement que nous avons tous sous nos skis ce que l'on appelle communément, et à tort d'ailleurs, des « peaux de phoque ». Je dis bien à tort, car depuis longtemps, il n'y a plus l'ombre d'un animal abattu dans cette histoire. En réalité, il s'agit aujourd'hui de peaux synthétiques qui, attachées ou collées sous les skis, permettent de s'agripper aux pentes abruptes et de gravir les montagnes avec la même efficacité qu'avec des raquettes. Plus besoin de jouer au pingouin dans les montées car les skis travaillent toujours en parallèle. Quant aux descentes, les lanières de peaux synthétiques offrent une sécurité accrue en exerçant un léger freinage, ce qui n'est pas à négliger dans les étendues montagneuses de l'arrière-pays de Charlevoix. En fait, il est même périlleux d'entreprendre une traversée sans ces fameuses peaux. Ces peaux synthétiques sont d'ailleurs en location dans les bureaux de La Traversée de Charlevoix ou dans les boutiques spécialisées en ski hors-piste. Vers midi, la faim se fait sentir. Nous choisissons donc de faire une halte près d'un escarpement abrité des vents et bien exposé au soleil. L'endroit est d'autant plus invitant que le mercure indique maintenant 12 degrés. Le plus brave du groupe, étendu torse nu, en sera quitte pour un premier coup de soleil d'avant saison.
Ce vaste paysage de plaines et de collines s'ouvrant devant nos yeux ,alors que nous descendons les hauteurs du contrefort de l'arrière-pays, est en réalité un cratère laissé par la chute d'un astéroïde tombé sur la région il y a 350 millions d'années. La chute d'une météorite là où se situe aujourd'hui le mont des Éboulements a amené la création d'un cratère d'impact de 56 kilomètres de diamètre. Ce phénomène géologique qui a fracturé la croûte terrestre et que l'on appelle aujourd'hui l'astroblème de Charlevoix, a nivelé le sol et a permis une colonisation rapide de Charlevoix, dès 1649. Si ce n'était de ce phénomène qui est survenu avant même l'apparition des dinosaures, on ne connaîtrait ni les vastes baies de La Malbaie et Baie-Saint-Paul, ni les vallées de terres cultivées situées entre ces deux villes. En fait, le paysage serait plutôt un panorama de montagnes à l'image de celui que l'on retrouve sur la presque totalité de la Traversée de Charlevoix et que l'on appelle ici l'arrière-pays. Nous atteignons finalement le chalet La Marmotte vers 15 heures, ce qui représente une excellente performance compte tenu que nous avions quitté les bureaux de la Traversée de Charlevoix à Saint-Urbain avec plus d'une heure de retard sur notre horaire. Un jeune couple de France, étudiants à l'Université Laval, dont la destination est le refuge Le Boudreault, situé à un kilomètre de notre chalet, aura quant à lui moins de chance. Partis peu après nous de Saint-Urbain, nous apprenons le lendemain qu'ils n'ont atteint leur refuge qu'à 20 h le soir. Ils auront malheureusement complété les derniers kilomètres de leur première journée à la lueur du ciel étoilé, ne disposant que de la flamme d'un briquet pour identifier les panneaux de la traversée. Malgré un équipement déficient, leur ténacité aura eu raison de tous les obstacles. |