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Six jours d'une excursion en ski hors piste sur la Traversée de Charlevoix Par Claude Côté
Ce matin, les préparatifs vont bon train car nous sentons tous le même empressement d’aller goûter les chauds rayons du soleil qui sont enfin de retour. Aujourd'hui, une journée agréable et sans difficultés particulières semble nous attendre. Pendant plusieurs kilomètres, nous formons un groupe compact, plus qu’à l’habitude. De l’arrière, l’image d’un convoi tel un train qui serpente les montagnes, présente une perspective amusante.
À l’heure de la collation, au pied d’une colline, nous sommes conquis par un site avec une pente bien exposé au soleil. Avant de déballer nos sacs, nous voulons satisfaire notre curiosité et grimper sur le sommet de cette colline pour voir si nous n’allons pas découvrir un paysage inattendu. Nous avons effectivement la chance d’apercevoir vers l’est les montagnes du Saguenay. Nous ne sommes ici qu’à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau du réputé parc du même nom.
Bien assis sous le soleil du midi, nous dégustons notre collation avec les Mésangés du Canada (Geai gris) qui viennent, dans nos mains, chercher leur part du butin. De retour sur nos skis, nous profitons d’une descente ininterrompue de quatre kilomètres dont la pente est suffisamment accentuée pour nous permettre d’avancer sans efforts et à vive allure, compte tenue des conditions de la neige aujourd’hui. Nous nous retrouvons tous rapidement au pied de la pente. pour échanger sur cette expérience enivrante.
Avant d’arriver à notre chalet, nous arrêtons visiter le tout nouveau refuge Le Castor qui a été entièrement reconstruit suite à un incendie. Construit pièce sur pièce, sans un clou, selon la méthode Scandinave, c'est le premier refuge à être construit selon le modèle des chalets de la Traversée de Charlevoix. Il se compare, par ailleurs, à tous les autres refuges par sa dimension plus modeste et ne possède pas l’éclairage et le poêle au propane, comme dans les chalets. Nous faisons notre entrée à L’épervier, le dernier chalet de la traversée. Dernière soirée, dernier souper, nous avons le cœur nostalgique de vivre certaines choses pour la dernière fois. Après cinq jours en forêt boréale, loin de la civilisation, nous avons pris goût à cette vie d’aventure et l’idée de retourner à nos activités quotidiennes nous désole quelque peu. Peut-être avons-nous tous chacun au fond de soi un peu de cette âme des coureurs des bois qui animait jadis nos ancêtres. Baignant ainsi en pleine nature, j’ai l’impression de comprendre pourquoi les amérindiens vénéraient la terre, les arbres et les animaux qui les entouraient alors que le christianisme a toujours eu une spiritualité tournée vers le ciel et déconnectée du sol qui les nourrit. Nous avons le cœur à la fête lorsque nous passons à table. Au menu, un délicieux couscous au merguez signé Raynald, le tout arrosé de vin. Serge, l’aventurier autonome, a mis de côté ses mets lyophilisés et participe avec nous au festin. La soirée se poursuit par des échanges très animés, fertiles en émotions. Cinq jours de présence intense et continue entre huit participants représente une expérience de groupe riche et féconde. Profitant que nous soyons tous à l’écoute des mêmes discussions, Paul y va de quelques questions brûlantes et devient sans le vouloir l’animateur d’une table ronde improvisée. Les sujets les plus divers sont abordés : les relations de couples, le sens de la vie, les relations père-fils… Ce dernier sujet me touche plus particulièrement puisque mon fils Mathieu, 17 ans, nous accompagne dans cette expédition. Il nous fera partager des réflexions vibrantes de sincérités. Cette soirée riche en témoignages profonds et touchants, conclue bien l'aventure commune qui tire ici à sa fin. |